Lettre-à-mon-corps-ma-bulle-cosmeto-mabullecosmeto

 

Cher toi, cher moi? Cher nous! J'avais envie de t'écrire en ce moment pour revenir sur notre colocation et remettre les choses au clair entre nous. C'est avec beaucoup d'émotion que j'appuie sur les lettres de mon clavier pour m'adresser à toi, à moi, à nous...

 

Aussi longtemps que je me souvienne j'ai toujours eu l'impression que tu me nuisais... Je me souviens qu'âgée seulement de quelques années on m'appelait "bouboule" à cause de toi. Encore aujourd'hui j'entends ma famille raconter comme tu avais faim quand j'étais petite et me faire manger plus que de raison. Ca les fait toujours rire... autant que ça me fait du mal d'entendre encore et toujours ces anecdotes sur toi.  Je me souviens, enfant, avoir, à de nombreuses reprises, attraper la peau de mon ventre en rêvant de posséder des ciseaux magiques qui me permettraient de retirer tout ce trop plein de toi dont je n'avais pas besoin. Je me souviens de l'angoisse et du mal-être que je ressentais quand Maman nous emmenait dans les magasins, choisir des vêtements dans les rayons Femmes alors que je n'avais même pas 15 ans, tout ça pour t'habiller, toi... Toi, qui m'as toujours semblé trop grand, trop gros, trop tout... A cause de toi j'ai longtemps dû porter uniquement des baskets achetées au rayon Homme parce que je ne trouvais pas de chaussures à ma taille qui me plaisaient. Je me souviens aussi t'avoir détesté pour ne pas me permettre de porter les vêtements que j'avais envie. Ils n'étaient pas adaptés à ma moprhologie mais moi j'avais juste envie d'être à la mode, m'habiller comme tout le monde et me fondre dans la masse. Mais à la place c'était dans ta masse que je me fondais.

 

Alors je t'ai détesté, insulté alors que tu faisais partie de moi-même puis maltraité à grands coups de régimes pour tenter de te façonner, te rendre comme j'aurais voulu être... Je me suis privée, affamée et j'ai aussi beaucoup transpiré mais tu as toujours eu le dernier maux.

 

A 34 ans, avec mon regard d'adulte, je sais enfin que tu ne seras jamais comme je voulais que tu sois. Peut-être que c'est juste comme ça. Comme ça que tu me rends moi, comme ça que je suis et que nous sommes. A 34 ans j'ai récemment pris la décision de te laisser en paix. Pourquoi? D'abord parce qu'il n'y avait que moi qui ne t'aimais pas. Même mon Namoureux t'a toujours beaucoup apprécié comme tu étais.  Parce que j'ai réalisé que même en me privant et en faisant du sport tu ne changeais pas alors autant me faire plaisir avec la nourriture puisque, justement, c'est un grand plaisir pour nous. Mais surtout tu m'as offert la plus belle chose au monde: tu m'as permis de créer la vie en moi, tu m'as aidé à la faire grandir et à faire naître ce petit être que j'aime plus que tout et qui fait notre bonheur au quotidien. Rien que pour ça tu mérites que je te fiche la paix.

 

Et puis, à bien y réfléchir, même si tu me fais parfois souffrir du dos tu me permets d'être en bonne santé (je vois tellement de gens, quelques fois de mon âge, avec un cancer au boulot...) et puis on s'est mis au pilates il y a quelques mois et je trouve que ça nous va plutôt bien.

 

Je me suis souvent demandé comment je me serai comporté avec toi si nous avions grandi à l’époque actuelle. Je pensais qu’avec Internet qui permet d’acheter tous les vêtements à toutes les tailles ça m’aurait facilité la vie mais avec les réseaux sociaux ça aurait été un enfer pour moi… Heureusement que je suis née en 1984 finalement…

 

Ca m'aura pris 34 ans pour te dire tout ça mais je tenais aujourd'hui à m'excuser. Pas seulement à le dire dans ma tête puisque je le dis devant le peu de lecteurs qui arriveront jusqu'ici. Je m'excuse d'avoir été si dure avec toi... La pression de la société et la perfection que je m'étais imposée ne sont pas de bons motifs mais c'est comme ça... Et je voulais te dire aussi que je t'aime, je suis contente qu'on fasse équipe et j'espère qu'on ira encore très loin ensemble. Je finirai simplement en te disant merci. Merci d'avoir été ce qui fait que je suis moi maintenant, merci d'avoir fait de moi une maman et merci d'être ce corps en bonne santé qui nous portera loin je l'espère...